Lundi 25 Mars 2019. (WWW.ZONE509.COM) – Dans un livre (1), Renaud Piarroux raconte comment des scientifiques ont falsifié des données et aidé l’ONU à nier sa responsabilité dans l’importation du choléra en Haïti.La théorie du « paradigme environnemental du choléra » en Haïti faillit devenir une vérité scientifique. Comment expliquer l’extrême violence de l’épidémie si ce n’est par un cumul de circonstances exceptionnelles ? Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 (environ 250 000 morts) puis l’ouragan Tomas le 5 novembre avaient mis le pays à sac et créé le terreau favorable à l’explosion de la bactérie, comme le publie le 18 juin 2012 la revue PNAS de l’Académie américaine des sciences.
La souche sud-asiatique de Vibrio cholerae avait dû migrer, via les courants marins ou dans des eaux de ballast, et s’acclimater à l’environnement fluvial et marin côtier, à la faveur du réchauffement climatique, promettant de ce fait de devenir endémique. Autant dire que le choléra devenait une fatalité en Haïti.
Le choléra introduit par les casques bleusSix ans plus tard, le 1er décembre 2016, Ban Ki-moon, alors secrétaire général de l’ONU, demande pardon aux Haïtiens. Le choléra avait bel et bien été introduit par les casques bleus népalais arrivés en Haïti en octobre 2010, alors qu’une épidémie sévissait dans leur pays. Et, comme le colportait alors la rumeur, le camp Annapurna où ils résidaient avait déversé sa fosse septique, grouillante de bactéries potentiellement mortelles, dans la rivière Meille, qui se jette dans le fleuve Artibonite, et dans lesquels les Haïtiens puisent l’eau.
Mais en six ans, que de mensonges et de dénégations de la part d’éminents scientifiques et des plus grandes institutions : la mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), l’Organisation panaméricaine de santé (OPS, branche américaine de l’OMS) et les fameux centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).
C’est cette manipulation, pour cacher la coupable vérité, et la laborieuse et tardive mise en place d’une stratégie de lutte contre l’épidémie que raconte l’épidémiologiste et chef du service de parasitologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière Renaud Piarroux, dépêché pour enquêter sur place dès l’automne 2010.
Des cartes falsifiées de l’épidémieDans un entretien à l’AFP le 27 octobre 2010, celle qui dirige le groupe d’experts sur le choléra à l’OMS est formelle : « Il est absolument impossible que la maladie ait été apportée par des humanitaires venant d’autres pays. » Plus tard, en décembre, le Lancet Infectious Diseases estimera que « chercher d’où vient l’épidémie n’est ni loyal (…) ni utile pour combattre l’épidémie ». Entre-temps, l’OPS/OMS avait publié une série de cartes sur l’épidémie, en supprimant les cas survenus la première semaine dans le département du centre. Il apparaissait ainsi, « preuves » à l’appui, que l’épidémie avait démarré dans le département côtier de l’Artibonite, donnant du crédit à la théorie environnementale et disculpant la Minustah.
Des scientifiques danois et népalais prouveront la parfaite corrélation des génomes des isolats collectés au Népal et en Haïti, et la fausse controverse sur le choléra sera résolue dans les colonnes de la revue scientifique PLOS pathogens en avril 2014. Des dizaines de milliers de personnes en seraient mortes.
Marie Verdierhttps://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences-et-ethique/Importation-cholera-Haiti-manipulation-scientifique-2019-03-25-1201011253

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