Aujourd’hui, les haïtiens semblent être conscients de leur droit et devoir d’exiger aux gérants de l’administration de l’Etat de rendre compte de leur gestion des fonds publics. Le PetroCaribe Challenge lancé, il y a plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux est un brasier de ce réveil de plus en plus intense des haïtiens, trop longtemps sombrés dans le sommeil de l’ignorance et de l’insouciance. Ce feu de la prise de conscience citoyenne des haïtiens s’attise par des marches pacifiques tant dans la diaspora qu’en Haïti. Dans plusieurs villes de province, des haïtiens majoritairement jeunes ont gagné les rues pour poser cette question: « Kote lajan petwo karibe a ? » Où sont passés les fonds du PetroCaribe? Si le peuple était passif dans un pays où tout est décrié, eh ! bien, il se dynamise et se rend compte qu’il a le droit de savoir comment ses représentants dépensent l’argent de ses contributions à travers les taxes et les impôts ainsi que, les dons et les prêts des pays amis. Ce droit inhérent à la qualité et à la nature de citoyennes/citoyens, et contribuables haïtiennes/haïtiens est enfin revendiqué et exercé directement par la population.
Des milliards de dollars américains sont dépensés pendant que le pays s’effondre. Une grande majorité de la population haïtienne vit dans la précarité et la privation aigüe alors qu’une minorité, constituée en grande partie de citoyennes et citoyens à qui la mission d’assurer le bien-être de la communauté est confié et accepté, gaspillent et dilapident les ressources qui étaient censées consacrer à l’amélioration des conditions de vie de la collectivité et au développement social et économique du pays. L’impunité institutionnalisée dans le pays, a créé un espace de confort et de sécurité pour ces criminels/lles. Personne ne se sentait concerner, c’était normal de regarder et d’accepter l’enrichissement spontané des personnes ayant la charge de gérer les ressources publiques. Ce silence était profitable à ceux qui font semblant qu’ils sont au service de la nation. Malgré les conditions de vie inacceptables de la population, la majorité du peuple végète dans la misère, les conditions sanitaires sont précaires, l’accès à l’éducation est très limité, des dirigeants s’enrichissent avec les maigres ressources de l’Etat. C’est une société dans laquelle règne une inégalité sociale et économique de plus en plus accentuée. Quel peuple accepterait de vivre dans de telle condition pendant tout ce temps sans protester? Est-ce de la patience, de la résignation, de l’ignorance ou de l’impuissance?
Cette passivité secouée par des décisions prises contre le développement réel d’Haïti par des mandataires incompétents et insouciants, fait place à un éveil de la conscience populaire. La population haïtienne réclame des comptes aux responsables de l’Etat sur les fonds de PetroCaribe engagés au nom du changement des conditions de vie difficile et du bien-être de chaque enfant d’Haïti.
Face à la corruption normalisée par les hauts fonctionnaires de l’Etat et tant de misère endurée par la population, il est indispensable que les héritières et les héritiers de la première république noire indépendante de la planète terre, demandent des comptes aux personnes à qui ils ont confié la gestion des ressources publiques. Donc, nous avons le droit de savoir comment autant d’argents se sont volatilisés. La population exige que la lumière soit faite sur ce phénomène étrange. Nous ne devons pas rater cette occasion de rebeller contre un système qui détruit notre intégrité et dignité de peuple. C’est maintenant ou maintenant!

Stanley SAINVIL, étudiant en Psychologie à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH), Port-au-Prince, Haïti.

Share / Patajel ...