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15 Octobre 1994: Le retour de Jean Bertrand Aristide en Haiti

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Il y a 22 ans, un événement marque durablement Haïti dans sa lente progression vers la démocratie. Le 15 octobre 1994, le président d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, rentre au pays après trois ans d’exil. Alors que la police et l’armée haïtiennes se trouvent sous la tutelle de quelque 23 000 soldats américains, Aristide reprend son rôle de chef d’État, le premier élu dans le cadre d’élections libres.

De la démocratie à la dictature militaire

Le 16 décembre 1990, Aristide est élu président avec 67 % des voix sous la bannière du parti du Front national pour le changement et la démocratie (FNCD). Son élection se produit dans un contexte politique chaotique, alors que le pays voit se succéder cinq gouvernements de 1986 à 1991, tous renversés par des coups d’État militaires.

Fort d’un appui populaire en faveur du développement et de la démocratisation du pays, Aristide débute son mandat en tentant de purger l’armée et l’administration publique haïtienne. Les multiples actions du président ont cependant pour effet non seulement de renforcer l’appui que lui portent ses supporters, mais aussi d’intensifier l’opposition à son régime chez ses adversaires.

C’est ce mécontentement qui mène au coup d’État militaire du 30 septembre 1991, financé par la haute bourgeoisie haïtienne. Le pouvoir se retrouve alors entre les mains du général Raoul Cédras, ce qui force Aristide à s’exiler, d’abord au Venezuela, puis ensuite aux États-Unis.[]

Un retour controversé

Alors que le président Aristide appelait à la violence pour contrer la menace putschiste lors de son dernier discours en sol haïtien le 27 septembre 1991, c’est plutôt un président pacifique qui effectue un retour au pays en 1994. Soutenant que «Jamais plus une goutte de sang ne doit couler», Aristide retrouve Haïti dans un état désolant où deux défis de taille l’attendent : la reconstruction économique et la réconciliation nationale.

Le régime militaire a fortement aggravé les clivages politiques au sein de la population haïtienne. Sans compter que de nombreuses personnes demeurent opposées à Aristide, plus précisément celles qui ont été passablement ignorées lors de son arrivée au pouvoir, comme certains parlementaires et la bourgeoisie. Les sanctions économiques, mises en place par la communauté internationale à la demande d’Aristide lui-même, ont grandement éprouvé l’économie du pays. Ayant pour but de «vaincre la détermination des putschistes» , ces mesures en ont mécontenté plusieurs, en particulier les gens d’affaires.

Deux raisons principales ont permis à Aristide de retourner en Haïti. Tout d’abord, le président peut compter sur le soutien de la majorité de la population haïtienne et ce, malgré les sanctions économiques internationales. De plus, le président en exil réussit, à force d’habiletés politiques, à convaincre la communauté internationale de reconnaître uniquement son gouvernement comme légitime. Cela forcera le gouvernement militaire à négocier le retour du président.

Considéré comme un «socialiste à risques» par les États-Unis lors des élections de 1990, Aristide obtiendra cependant leur aide militaire pour le rétablissement de la démocratie en Haïti. Or, l’aide américaine n’est pas octroyée sans conditions, auxquelles doit se plier le président haïtien. Sans compter que la gouverne du pays se retrouve aussi sous le contrôle international.

Ces restrictions auront entre autres pour effet d’empêcher la poursuite du programme économique visant la réforme agraire et de contrôler étroitement, par le biais de l’armée américaine, les actions du président. Bien qu’aux prises avec des besoins urgents et essentiels, notamment économiques, sociaux et institutionnels, Aristide voit ses possibilités fortement limitées.[]

Le déclin d’Aristide

Pendant les derniers mois de son mandat, Aristide réussit uniquement à éliminer les Forces Armées d’Haïti, trop présentes sur la scène politique depuis leur création en 1934, et à créer une force de police nationale. Ne pouvant pas se représenter comme candidat à l’élection suivante en raison de la Constitution, Aristide perd le pouvoir le 19 décembre 1995 en faveur de son ancien Premier ministre, René Préval.

Aristide doit attendre l’élection présidentielle de novembre 2000 pour se reporter candidat. Il est élu avec 93 % des voix, alors que seulement 6 % des Haïtiens ont participé au scrutin. Avec une majorité de 72 sièges sur 82 obtenus par Lavalas, le parti politique d’Aristide, aux élections législatives très controversées du printemps 2000, la mainmise sur le pays est totale.

Alors qu’Aristide s’avère modérément autoritaire lors de son premier mandat, assoupli notamment par la présence internationale, son deuxième mandat revêt d’emblée un caractère dictatorial. L’aspect démocratique des élections présidentielles et législatives s’avère fortement déficient, sans compter qu’Aristide s’évertue sans attendre à créer un encadrement de la société haïtienne par la peur. Des milices armées paramilitaires sont notamment créées et «chargées de maintenir la terreur contre les opposants et d’éviter les débordements populaires». La corruption, le populisme et la violence deviennent les nouvelles bases du régime gouverné par Aristide.

La situation de plus en plus accablante d’Haïti pousse les États-Unis et la France à demander la démission du président haïtien. Sous les pressions internationales, Aristide n’a d’autre choix que de quitter ses fonctions en février 2004 et se retrouve, une fois de plus, en exil.

Source: perspective.usherbrooke.ca

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