CRI….

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Dans la vallée du chômage, sous le soleil brûlant de la misère et du sous-développement, un homme déterminé se lève et marche à travers les ossements des victimes des atrocités de la vie. Assoiffé de bien-être, cet homme essaie de franchir les barricades de l’inégalité sociale. Il est motivé par l’espoir qu’un jour sa précarité se transformera en bien-être, en un lendemain meilleur sous le coup de ses efforts. Je me demande quand viendra ce jour miraculeux ? Quel espoir pour un homme dont les efforts sont dissipés continuellement par le vent cruel de la mauvaise gouvernance ? Hélas ! Il croyait dans l’aide d’un entourage qui lui frappe une poignée de sables du refus en plein visage. Il a l’impression qu’il vit dans un désert,  personne n’est conscient de sa situation. Absence totale de solidarité, chacun pour soi. Quelle vie de merdre ! Y-a-t-il vraiment un ensemble auquel appartient cet homme ? En regardant son environnement social, il comptait sur la somme des efforts pour arriver à un réveil collectif qui étancherait sa soif et celle de la communauté. Malheureusement, il est seul dans sa vision collective, dans son illusion de pouvoir conjuguer une conscience collective dans l’intérêt d’une majorité.  

La crasse dans laquelle il vit, l’incompréhension de son entourage vis-à-vis d’une situation jugée collective, le pousse vers le questionnement de son existence. Qui est-il ? Pourquoi il est là ? D’où viennent ses maux ? À quoi bon de vivre si ce n’est uniquement pour subir les répliques du négrier ? Ces questions sans réponses l’enfoncent dans un trou obscur couvert de mépris, d’insultes et d’humiliations. Il est sûr d’être sur le chemin le conduisant droit en enfer où il n’y a probablement pas de bifurcation vers un territoire mieux. Cet homme qui se croyait capable de résoudre une équation apparemment utile aux plus faibles, se trouve piégé. Quel choc pour un naïf ! C’est un effondrement total. Le rêveur avance de plus en plus vers la solitude avec un sentiment d’impuissance. Il cherche désespérément un accroc pour ralentir sa chute libre, mais sans succès. Il utilise toutes les techniques pour se libérer de cette charge toxique qui l’affaiblit intérieurement. Ce courant de désespoir si intense provoquera un arrêt cardiaque, au secours ! Un isolant. L’homme crie : Je vous en prie, débranche-moi. Oups ! Il est inaudible.

Citoyen haïtien, l’homme X, pousse un cri. Un cri de décharge émotionnelle. Dirigeants libèrent-le du poids de cette peine violemment infligée par votre insouciance. Il est innocent. Quelle fadasse d’être né parmi des gourmands et des colons !

Ce cri de l’homme X est l’expression de la déception d’un peuple qui, après la lutte pour la liberté, gémit dans l’ignorance, demeure dans la fantasmagorie et retrace presque le même schéma colonial. C’est un cri de douleur. C’est le cri des haïtiens assoiffés du développement réel d’Haïti. Ce cri est la voix d’un peuple marginalisé, décapité par l’insouciance des dirigeants qui se comportent en rapace. Ce cri est la souffrance des humains pris en otage par des anti-changements et des anti-peuples.

Il arrivera un jour où ce cri transformera en un cri de vengeance, de guerre. Et la patience du peuple succombera, la chaine disparaitra, et  les victimes deviendront maitres.

Stanley SAINVIL, étudiant en psychologie, Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Université d’Etat d’Haïti (UEH), Port-au-Prince, Haïti.