Le maire de Santiago (RD) considère les Haïtiens comme une menace pour sa ville

Alors que les communautés haïtiennes restent en colère après les injures racistes du président des États-Unis, Donald Trump, des migrants haïtiens sont considérés comme des éléments indésirables par un officiel dominicain. Dans une déclaration va-t-en-guerre, le maire de Santiago de los Caballeros, Abel Martinez, appelle à des décisions fermes pour mettre fin à une invasion d’Haïtiens. Il accuse ces derniers de salir son pays et de jouir injustement des ressources destinées à ses compatriotes.

La presse dominicaine rapporte qu’une importante vague d’Haïtiens arrive ces derniers jours en territoire voisin. Santiago de los Caballeros, deuxième ville du pays, est vraisemblablement parmi les destinations les plus convoitées. Parallèlement, la brigade frontalière intensifie ses opérations contre ces migrants illégaux qu’elle refoule massivement à la frontière. Ces opérations pourraient bientôt prendre des allures encore plus rigoureuses, car le maire de Santiago, Abel Martinez, a appelé à une action immédiate pour freiner ce qu’il prend pour une invasion des Haïtiens.

« Du train que cela progresse, un jour, il y aura plus d’Haïtiens que de Dominicains ici et c’est inacceptable. C’est le moment d’agir avec responsabilité, sens patriotique et sans hésitation », déclare Abel Martinez dans un communiqué de presse cité par le journal Listin Diario. Le maire de Santiago appelle ses concitoyens à exiger du pouvoir central que s’applique une politique de déportation immédiate qui puisse amener des résultats concrets. Il demande, en effet, aux plus hautes autorités de lui donner les moyens de faire face à cette situation qui affecte le développement de sa municipalité.

Les Haïtiens enfreindraient l’ordre public

Reconnaissant que ses propos peuvent être jugés haineux, Abel Martinez croit qu’il s’agit d’un cri désespéré pour sauver son pays qui subit, dit-il, une invasion haïtienne. L’édile estime que les Haïtiens sont une menace pour la République dominicaine dans la mesure où ils s’attaquent aux forêts, investissent les places publiques, font leurs besoins partout, mendient dans les rues et jouissent du budget de la santé publique.

Le maire, qui appelle à une réponse immédiate, déplore un certain laxisme de la part des institutions appelées à faire face à cette réalité et rappelle que la loi prévoit des mesures appropriées. Se disant en faveur d’un accueil convenable à tous les migrants légaux, il soutient qu’il est inacceptable que des millions d’Haïtiens sans papiers s’établissent sur le sol de son pays et menacent la souveraineté dominicaine. Martinez affirme, en outre, comprendre la nécessité que la communauté internationale assiste le peuple haïtien, mais « c’est sur son propre territoire qu’il doit recevoir cette aide », dit-il.

Le prétexte de la fusion redoutée

Des secteurs nationalistes dominicains appuient pleinement les déclarations du maire de Santiago. Dans des commentaires sur Twitter, ses partisans accusent le président Danilo Medina d’appliquer une politique migratoire trop souple envers Haïti. On lui attribue même l’intention d’autoriser une haïtiannisation de l’île. En effet, une classe de politiciens dominicains alimente depuis des années la crainte de voir une nouvelle fusion des deux Républiques voisines. Cette idéologie sert souvent de prétexte à des déportations massives et des crimes racistes contre des migrants haïtiens.

Le journal Listin Diario, dans un article où il compare le territoire dominicain à un paradis pour les Haïtiens, rapporte des témoignages de personnes, y compris des femmes enceintes qui auraient marché pendant de longues heures voire des jours dans les bois et d’autres endroits déserts pour échapper à la surveillance de agents du Corps spécialisé dans la sécurité de la frontière terrestre (CESFRONT).

Le mois de janvier est généralement une période de rude travail pour les gardes frontaliers qui s’emploient à empêcher le retour en République dominicaine de sans papiers qui sont rentrés en Haïti pour passer le jour de l’an avec leurs proches.